Dans l’atelier d’Eduardo Guerra, artiste-peintre

Quand l’art rime avec technique et rencontre

Eduardo Guerra, artiste cubain :

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Notre voyage à La Havane se poursuit avec la découverte d’un artiste utilisant une technique unique en son genre, Eduardo Guerra. Né en 1967 dans la province de Pinar del Rio, Eduardo débuta sa carrière d’artiste très jeune à la « Escuela Vocacional de Arte Raul Sánchez », au sein de laquelle il fit la rencontre d’artistes majeurs cubains comme Pablo Hernandez, Mario Garcia Portela ou encore Pedro Pablo Olivia, qui fit découvrir à Eduardo et à ses élèves la beauté et la poésie dans les choses laides et triviales, une poubelle par exemple. Eduardo fréquenta ensuite l’Escuela Nacional de Artes Plasticas de la Havane et l’Institut supérieur d’art avec une spécialité en gravure. C’est dans cette dernière école qu’Eduardo enseigne à son tour aujourd’hui, et il expose ses œuvres partout dans le monde, à Cuba bien sûr, mais aussi en France, en Suède, en Espagne, au Portugal, aux Etats-Unis, ou encore en Amérique latine.

L’art d’Eduardo Guerra, une « arme de rencontre » :

La grande particularité d’Eduardo Guerra tient à une technique artistique originale mêlant peinture et sculture, la colografia. Sur une matrice en papier carton, Eduardo y colle des formes diverses faites à partir de matériaux acryliques, de peintures, de papier, … donnant lieu à un collage comportant différents types de grains et de textures. La prochaine étape consiste à appliquer l’encre d’imprimerie. Puis, après avoir frotter l’encre avec un du papier journal pour qu’elle imprègne les zones les plus rugueuses, et humidifier le papier qui servira de base à l’oeuvre, vient enfin la dernière étape, l’impression : le papier est déposé sur la matrice et les deux supports sont enfournés dans une presse à imprimer, une sorte de rouleau. Grâce au jeu de la pression, les formes collées sur la plaque matricielle sont reproduites sur le papier et donne une peinture à l’encre. Ce transfert d’image sur deux supports différents porte un nom, le chine-collé.

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Selon Eduardo Guerra, la technique d’impression porte en elle la faculté de surprendre l’artiste lorsqu’il découvre son œuvre passée aux cribles du rouleau d’impression. Car souvent, l’impression crée des également des « imperfections » ou des nouveaux traits, qui réjouissent ou déçoivent l’artiste. Parmi les sources d’inspirations d’Eduardo, les femmes et les enfants d’abord, mais aussi une myriade de formes et de créatures sorties tout droit de son imagination : gobelins, éléphants, chats ou oiseaux, la liberté de l’artiste est totale. Pour autant, Eduardo ne crée pas des œuvres sans message : parmi les sujets qu’il exprime, la complexité et les relations entre être humains animent en lui des questionnements sur l’implication de l’art et son importance dans la société et dans notre environnement. Ces questions ont d’ailleurs amené Eduardo à créer en 2008 un parc près de chez lui à La Havane, construit à partir d’une ancienne décharge, en hommage à Antoni Gaudi, architecte espagnol. Ici, le message est clair, les bancs et les aires de jeux se mêlent à des dessins artistiques et à un design esthétique assez moderne. L’art devient ainsi une arme de rencontre, une forme de socialisation.

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En définitive, notre rencontre avec Eduardo Guerra fut également la rencontre avec un art pur et humble, technique et créatif. La maison de l’artiste peut faire penser à un laboratoire regorgeant d’expérimentations artistiques et esthétiques de toutes sortes, mais il respire comme un havre de paix habitant un joli balcon avec une vue impressionnante et calme donnant sur La Havane. Un artiste-artisan modeste, pour un art vivant et humain.

Alexis,  Tricite & Camélia

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