Dans l’antre de la Fábrica de Arte Cubano

Le 1er avril 2018, nous avons été accueillis.e.s à la Fábrica de Arte Cubano (FAC), un des plus hauts lieux de la culture dans la capitale cubaine.

Reçu.e.s par les chargées de communication, de relations presse, et curatrice d’exposition, nous avons eu l’opportunité de faire une visite de la fabrique, mais également de poser nos questions sur la culture cubaine, et plus globalement sur la relation entre les arts et les Cubains.

Un lieu empreint de modernité

L’entrée de la fabrique se fait à travers une barrière opaque. Quelques heures plus tard, une longue file d’attente s’étendra à l’instar des discothèques les plus prestigieuses.

L’architecture est plutôt industrielle, de l’extérieur, on distingue une immense cheminée avec une inscription “El Cocinero”. Elle convient à cette tendance qu’ont les nouveaux lieux culturels de se réapproprier des usines ou des friches, sur le même principe que le 104 à Paris.

L’intérieur est exceptionnel, il a du cachet, il y a plusieurs espaces qui se divisent sur deux étages et des extérieurs. Une grande salle de représentation, une de concert, des salles d’exposition, un café, trois bars, on s’y perd ! C’est un lieu de rencontre et de découverte intergénérationnel. Ici, l’art fourmille de partout. Pas de hiérarchie, chaque forme d’art à son espace et chaque espace, sa place dans la fabrique.

Une vitrine de l’art cubain

À l’initiative du projet, X-Alfonso, un musicien cubain hip-hop et rock-afro, dont la volonté était de promouvoir l’art cubain sous toutes ses formes artistiques : musique, mode, architecture, design, graphisme, peinture … Le pari semble fortement réussi. La FAC est un espace multifonction à géométrie variable. Notre déambulation dans les multiples salles est marquée par de continuelles découvertes : on passe aisément du bar aux arts graphiques, tantôt de la photographie à la salle de concert. Le temps d’une soirée et d’une visite, tout y est : un concert de rock cubain, de la musique plus traditionnelle et actuelle cubaine, une exposition de photographies, des oeuvres plastiques contemporaines. Pendant quelques heures, c’est un foisonnant espace artistique et culturel qui s’offre à nos yeux.

Les créations sont renouvelées régulièrement et offrent une réelle diversité tant sur les médiums que sur les thèmes abordés, dont les sensibilités tournent souvent autour des problématiques du pays et des réalités sociales de Cuba.

Le lieu se veut populaire et innovant, mais c’est surtout la réussite d’un projet et d’un espace de sociabilisation autour de l’art cubain, qui offre une réelle vitrine aux artistes amateurs ou reconnus du pays, avec un engouement international pour tous les visiteurs du monde entier.

Un outil de la diplomatie internationale

La Fábrica est l’un des lieux culturels les plus connus de Cuba, le troisième pour être exact. Cela est notamment dû à son rayonnement à l’étranger et l’innovation qu’il a apportée au monde culturel cubain. De nombreux visiteurs prestigieux ont fait un arrêt à la Fábrica lors de leurs passages à Cuba, parmi eux…

Les publics se croisent et se mélangent, touristes venus du monde entier, jeunes adolescents, artistes et Cubains venus faire la fête, tous se rencontrent et l’alchimie se crée rapidement. On aurait pu craindre un certain clivage au sein même de la Fabrica, qui est devenue un endroit très touristique, mais c’est tout l’inverse qui se produit. Les sujets traités dans les diverses expositions y jouent certainement un rôle : les nombreux questionnements sociaux rencontrés notamment dans la vie cubaine permettent d’ouvrir la discussion et appellent à une ouverture d’esprit, dans le but de faire réfléchir le visiteur tout en dénonçant les travers de la société. Le rapport à l’autre et notamment aux citoyens du monde est palpable, avec une exposition particulièrement touchante faite de photos de Cubain et de touriste avec un enregistrement vocal de chaque visiteur « Je m’appelle… » dans sa propre langue. Si c’est la vision d’artistes cubains qui est primée, c’est une vision honnête dépassant les frontières qui en ressort. La médiation faite autour des différentes expositions nous aide également à comprendre le sens profond des œuvres, bien souvent en rapport avec l’histoire du pays et de sa population. La préoccupation de l’autre règne au sein de cet immense établissement qui semble avoir conquis le cœur des natifs comme des étrangers curieux.  

Anouk , Caroline V & Florianne

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