L’histoire du cinéma cubain et son évolution – Ophélie & Léo

Le plus souvent nous pouvons lire que le cinéma cubain est né le 1er Janvier 1959 succédant donc historiquement à la révolution castriste. Or si on fait attention de plus près à l’histoire de l’art cubain les premières prémisses du cinéma apparaissent avec l’arrivée des frères Lumière à la Havane en 1897, mais ce qu’on pourrait désigner comme la naissance du cinéma cubain survient un an plus tard, peu après l’indépendance, avec un court métrage réalisé par Casasus qui est considéré comme le tout premier réalisateur. Le premier long métrage sera réalisé quelques années plus tard en 1913 par Enrique Diaz Quesada et est intitulé Manuel Garcia o el Rey de los Campos de Cuba.

L’auteur du premier long métrage est aussi désigné par les historiens du cinéma comme le créateur, fondateur du premier studio cinématographique situé à la Havane où il n’y produira pas moins de 9 films, mais aussi les premières séries. Il est accompagné dans la création des débuts du cinéma cubain par Ramon Peon qui signe son premier film en 1920 et qui en réalisera plus de 10 films muets en à peine 10 ans, dont son chef d’œuvre en 1930 La virgen de la Caridad. A l’époque il dispose de tous les moyens nécessaires pour produire un cinéma 100% cubain. A la naissance du cinéma parlant il créait à son tour son entreprise de production qu’il nomma Pecusa.  Malheureusement pour lui son entreprise est un échec ce qui le conduira dans différents pays d’Amérique latine dans l’espoir de revenir un jour à cubain mais en vain. En 1959 il est totalement dépassé par le « nouveau cinéma cubain »

Dès 1940 le cinéma cubain est en plein essor, avec la création de nombreuses sociétés de production. Ce qui aura pour effet d’attirer des cinéastes des producteurs venus principalement du Mexique. On assiste alors à l’émergence de nombreuses coproductions. L’une des plus remarquables est intitulée Mulara, qui est signée Raul Martine Solares et met en scène Ninon Sévilla une actrice d’origine cubaine.

L’une des figures incontournables du cinéma cubain à partir de 1937 et pendant un peu plus de 20 ans est Manuel Alonso. Il réalise en 1937 le tout premier dessin animé et sonore d’origine cubaine.  Il s’intéresse en 1943 à la mise en scène et crée en 1950, comme ses prédécesseurs, sa société de production ainsi que ses studios qu’il nomme Estudios Nacional Alonso. Il réalise cette même année un des plus grands chefs-d’œuvre cinématographiques cubains pré-révolution Siete muerte a plazo fijo.  Il est nommé à la tête du développement cinématographique, en 1955. Il est malheureusement obligé de s’exiler à cause de la révolution qui a débuté deux ans auparavant.

A l’époque les noms de Cabrera Infante, Nestor Almendros et Tomas Guttieres Alea vont de pair avec le cinéma cubain. Tomas Guttierez avec Julio Garcia Espinosa, anciens élèves du Centro Sperimentale de Rome, réalise en 1955 un documentaire marqué par le néoréalisme italien et qui fera date dans le cinéma cubain, El Megano sera soumis à la censure de Batista.

Pendant la révolution cubaine (1953-1959) de manière parallèle l’évolution de l’industrie cinématographique, on peut observer l’émergence d’un mouvement culturel à Cuba. Nous pourrions comparer ce dernier à la nouvelle vague française dans les années 50. La cinémathèque, les ciné-clubs, la revue du cinéma, la naissance du département de cinéma de l’Université de la Havane sont à noter comme niches de la nouvelle vague cubaine qui débutera post révolution en 1959.

L’une des premières institutions révolutionnaires emblématiques pour le cinéma cubain, et mises en place dès le début du nouveau régime, en mars 1959, est L’institut Cubain de l’Art et de l’Industrie Cinématographique (ICAIC). Cette institution est responsable de la production et de l’action culturelle. L’article premier de sa constitution déclare : « Le cinéma est un art »

Depuis lors, la quasi-totalité des films produits sur le sol cubain débutent par ces trois mots qui constituent une carte de visite déterminante, “El ICAIC presenta”

Soy Cuba, quand le cinéma touche l’île

Soy Cuba est un film soviéto-cubain, réalisé par Mikhail Kalatozov avec Luz Maria Collazo et José Gallardo.
Ce film dépeint la lente évolution de Cuba sous le régime de Batista jusqu’à la révolution castriste, tout ça sous l’angle de quatre histoires qui font l’éloge d’un idéal communiste face au capitalisme dominant. Soy Cuba, en plus d’être un chef-d’œuvre est un chant d’amour à l’île cubaine, à son peuple mais aussi au cinéma. Avec ses quatre histoires ; celle de la détresse d’un petit paysan qui apprend que son terrain a été vendu, la United Fruit ; le destin d’un étudiant abattu par la police alors qu’il distribue des tracts pro-castristes et un paysan qui rejoint la guérilla pour sauver son île et sa famille, Soy Cuba est finalement un portrait de l’île elle-même.

Soy Cuba, Palme d’or à Cannes en 1958, est un produit de la propagande soviétique, une commande de l’URSS de Khrouchtchev. De ce fait le film a toutes les caractéristiques du pur cinéma de propagande de l’époque, avec notamment la prépondérance du manichéisme. Mais il ne faut pas réduire Soy Cuba de Mikhail Kalatozov à cette part idéologique, tant le film fait preuve d’une grande inventivité mais aussi d’un certain lyrisme.

Soy Cuba, sublimé par le noir et blanc, capte magnifiquement l’ambiance et l’histoire de Cuba. A travers ce film Mikhail Kalatozov nous rappelle ce que sont la beauté et la puissance du cinéma.

Ophélie Pichlak & Léo Sanmarty

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