Cuba y el arte mural – Marion & Juliette

 

Si le Street Art semble toujours associé dans l’imaginaire collectif à l’Occident, c’est surement parce que d’Hollywood à Netflix, il est inscrit dans une logique quasi systématique associant graffiti et buildings.

Or le Street Art n’est pourtant pas le monopole des Nords, du Mexique et de l’Amérique Latine aux pays d’Afrique en passant par Cuba, le peuple s’approprie les murs de son espace urbain commun, développant un art contemporain et ancré.

Longtemps utilitaires, les fresques murales Cubaines ont eu pour rôle la promotion du régime en place. Véritable ancrage dans l’espace public, quelques lettres magistrales rouges et noires « continuamos defendiendo la revolucion » sont inscrites sur les murs des villes. Subventionnées par le ministère de la culture, ces maximes étatiques sont omniprésentes dans les rues comme sur les propriétés privées qui touchent une rémunération en échange de faire la publicité du gouvernement.

Rappel constant de l’agency politique et sociale si particulière au pays, la propagande semble de nos jours partager son territoire avec l’art de rue spontané, pratique plus libre, au discours divergent.

Tags, pochoirs, graph, le Street Art cubain est florissant et singulier.

art mur

La photographie ci-dessus en exprime une infime partie, une image qui, bien qu’elle ne sache à elle seule en exprimer toute la diversité, articule déjà un certain nombre d’éléments.

Cette pièce rompt avec les codes de l’art de propagande, en termes de discours d’une part mais également dans sa forme.
Loin du triptyque typographique vert, noir et rouge, l’œuvre de Salvadore Gonzalès fait l’angle de la Callejon de Hamel, ouvrant la rue sur ce qui est communément entendu comme la rue du Street Art Havanais.

Salvadore Gonzalès est un des pionniers de l’art de rue Cubain. Par la simple initiative de décorer la devanture de son appartement, Gonzalès a créé un lieu de rencontre et d’échange qui a attiré musiciens, artisans, artistes et touristes qui à leurs tour, conquirent les lieux, se l’approprièrent, et en firent émerger une dynamique puissante (ce que les anglo-saxons décriraient comme « it became a thing ».)

Ce caractère spontané et « in situ » du Street Art Cubain s’exprime aussi à travers les moyens techniques de production. En effet n’ayant pas ou très peu accès au matériel des graffeurs occidentaux tels que les bombes et sprays, les Cubains produisent leurs propres couleurs de manière artisanale. Pratique qui laissent place aux petits aléas du DIY (Do It Yourself, ou Auto Production) mais n’enlève rien à l’inventivité et la dextérité des artistes locaux.

Le DIY cubain s’exprime aussi dans la pratique courante de la récupération et de la transformation. D’un bout de métal à un petit personnage trônant sur le trottoir, a plus grande échelle l’architecture Cubaine majoritairement vernaculaire, l’esthétique est mêlée à l’utilitaire et elle insuffle une seconde vie aux objets et aux matériaux.

Cette pièce de Gongalez exprime également des problématiques identitaires. Comme on peut le voir à travers cette photographie, un subtil mélange de traits, de teintes et d’idées s’engouffrent dans la rue. Tel un magma mouvant et puissant, une chimère aux esthétiques Latina et Afro-Caribéenne s’entremêlent et fusionnent. Le rouge, le jaune et le vert ainsi que les motifs répétés, évoquent un panafricanisme qui épouse des contours noirs, géométriques dessinant in fine une tête d’oiseau, celle-ci rappelant des formes et des figures amérindiennes. Deux visages de profils sont peints comme dans le ventre de l’émanation, se faisant dos, dans une dynamique globale mouvante et réchauffée par un jaune profond, oranger, Caribéen.

A travers l’exemple de cette image qui se fait ici la représentante d’un art urbain contemporain et spontané, on voit une énergie mouvante dont l’emblématique Callejon de Hamel a été une des premières impulsions.
Aujourd’hui la jeunesse cubaine porte haut le flambeau bien qu’elle soit fréquemment étouffée par la police ou certains compatriotes estimant que l’art de rue libre est « anti-révolution ». Une partie du Street Art cubain est engagé, contestataire, se préoccupant des problèmes sociaux en interne et non du point de vu structurel qui est entendu par la Revolucion. Comme le dit Fabien, 2+2=5 de son nom d’artiste, créateur d’un personnage penaud cagoulé qui apparaît aux coins de rues de la Havane « on est tous dans la même galère, les mêmes problèmes sociaux, on n’est personne dans cette société ». (Extrait du reportage Arte, Cuba underground)

Le Street Art tente de redonner vie et jeunesse aux murs cubains, édifices témoins et porteurs de la Révolution, de son histoire et son système. il se heurte, comme nombre de mouvements socio-culturel au scepticisme de certains tout en profitant du soutien et de la bienveillance d’autres. Malgré ces clivages, l’art de rue apparaît à Cuba comme une véritable poussée printanière, coloriant le paysage, petit à petit.

Marion David & Juliette Latour

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