Carmen Herrera – Alexina & Floriane

Carmen Herrera : peintre, femme et précurseur

            Née à Cuba en 1915 de parents journalistes, Carmen Herrera connait une trajectoire hors du commun. D’abord boudée par le public et par le monde de l’art, elle connait aujourd’hui un succès grandissant. Travaillant sur le contraste, la géométrie et la couleur, son style très en avance par rapport au monde de l’art contemporain et, dans un premier temps rejeté. Si son mari, un professeur New-Yorkais, l’encourage à pratiquer sa passion, ses contemporains sont moins enclins à s’intéresser au travail d’une femme, qui plus est une femme qui ne peint pas « à la manière » dont une femme devait peindre à cette époque. Le Figaro madame, dans un article qui lui est consacré rapporte une anecdote : « Une galeriste, Rose Fried, m’a dit un jour (à Carmen) : « Ce que tu peins m’enchante, mais je ne peux pas te donner ta chance, car tu es une femme ». » Carmen doit sa notoriété tardive à un homme :  Frederico Sève, qui a décidé de l’exposé en 2004 dans la Latin Collector Gallery de Manhattan, elle était alors âgée de 89 ans. C’est également à cet âge-là qu’elle vend sa première toile.

Ces œuvres sont épurées, minimalistes et se centrent sur l’harmonie des couleurs et la simplicité des formes. Après avoir traversé plusieurs guerres ainsi que la révolution cubaine, elle explique dans un documentaire qui la raconte : « Dans le chaos où nous vivons, j’aime mettre de l’ordre ». Et en effet, son trait est net et précis, il en ressort quelque chose d’apaisant presque hypnotisant à l’instar de la tendance du soap cutting.

            Le courant dans lequel s’inscrit son œuvre, le minimalisme, est né dans les années 60 en réaction à l’expressionnisme allemand. Son travail, comme celui des autres artistes de ce courant, s’inscrit dans une logique d’économie. Les formes, les objets s’en tiennent à leur essence. Ici point de fioriture, d’excès de couleurs, de formes, le mot d’ordre est la synthèse. Le travail de Carmen, en particulier est très graphique. Il relève presque du motif, il n’y a jamais plus de 3-4 couleurs. Plusieurs œuvres de Carmen ont d’ailleurs inspiré une collection pour une marque de haute couture : Akris.

En 2015, Alison Klayman lui consacre un documentaire : The 100 years Show et le Whitney Museum of American art de New York lui consacre une rétrospective la même année.

Son art est intemporel et il en a traversé des temps ! De ces débuts à Cuba à son installation à Paris puis à New York, Carmen a côtoyé les plus grands sans pour autant être repérée « Personne ne faisait attention à moi » explique-t-elle.

Tout en humilité et en discrétion, cette fille de féministe ne s’est pas imposée, on l’a révélé. Elle ne s’est pas saisie des courants féministes ni révolutionnaires qu‘elle aura pourtant appréciés et soutenus de près ou de loin. Elle est a conservé le même cap et a attendu son heure.

Carmen, une femme, cubaine, âgée est l’antithèse de ce monde masculin, occidental et jeune.  Elle est aujourd’hui exposée dans les plus grandes galeries à travers le monde et vis à New-York où elle continue de créer. Elle reste une artiste cubaine authentique et originale, ce dont son parcours témoigne.

Carmen 1

Carmen 2

Carmen 3

Carmen 4

 

 

 

 

 

 

 

 

            Ces quatre photos illustrent parfaitement le travail de Carmen. Son travail fait preuve d’un modernisme hors du commun. De par le format dans un premier temps, si certains gardent le format traditionnel de la peinture, ce n’est pas le cas de toutes ces peintures, bien au contraire. Et même lorsqu’elle utilise un cadre classique, elle le redéfinit en découpant ses propres formes à l’intérieur. Elle joue sur le contraste, les oppositions de couleurs. Le noir est une couleur dominante de son travail, car il permet de bien définir les formes, tout en faisant ressortir la couleur apposée à ses côtés. Elle apprécie aussi travailler les camaïeux, mais toujours de manière très organisée. Elle construit un effet de désordre avec ses formes, et leurs multiplicités, alors que son travail est très ordonné.

            Le fait que son travail ait été employé de manière aussi concluante pour une collection de haute couture démontre l’avant-gardisme du travail de Carmen ainsi que l’efficacité de ses courbes, lignes, motifs et accords de couleurs. Elle construit un rythme dans son travail, un peu à la façon d’un Pollock sans le côté aléatoire de son travail. Le rythme ne se trouve pas dans le mouvement, mais dans l’organisation des formes et la ponctuation des couleurs. En travaillant hors du système du monde l’art, elle a pu construire son propre univers, suspendu, hors du temps, mêlant la chaleur, et le mouvement cubain et l’ordre, le sens du visuel et du percutant de la culture États-unienne.

Alexina Trocherie et  Floriane Abbassiby

Sources

http://www.homemadebanana.com/tag/carmen-herrera/

http://madame.lefigaro.fr/societe/a-101-ans-une-peintre-cubaine-connait-enfin-le-succes-060117-128926

http://mediation.centrepompidou.fr/education/ressources/ENS-minimalisme/ENS-minimalisme.html

http://asamuse.com/fr/modeart/akris-carmen-herrera/

http://www.artnet.fr/artistes/carmen-herrera/

The 100 years show, Allison Klayman (2015)

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